Pensées vagabondes… 32. Le trésor de la ville

Le roi avait assiégé la ville, qui s’était rendue au bout de quelques jours devant la puissance de son armée. Tous les habitants, nobles, roturiers et mendiants voulaient fuir pour éviter l’esclavage réservé aux captifs. Mais portes et murs étaient gardés.

Le roi convoqua son conseil pour décider du sort de la cité. On prépara de nombreux plans pour retrouver les trésors que les riches habitants ne manqueront pas de dissimuler en prévision d’une fuite ultérieure. Le fou conseilla de laisser partir toute personne qui
s’acquitterait d’une rançon de dix petites pièces pour sa liberté. Malgré les recommandations indignées du conseil qui faisait remarquer ce ceci ne procurerait qu’une infime partie des richesses de la ville, le roi prononça un édit interdisant à l’armée d’arrêter ou de poursuivre
quiconque s’acquittera le lendemain matin au sortir de la ville d’une rançon de dix petites pièces par personne et ordonnant de laisser sortir ces personnes avec leurs bagages.

Profitant aussitôt de l’aubaine, tous les puissants et nobles seigneurs mirent leurs trésors dans des chariots qui rapidement débordèrent de pierres précieuses, de coupes d’or et de plats d’argent. Dédaignant les pauvres et les roturiers qui les suppliaient de payer pour eux la rançon demandée, ils répondirent aux supplications par le mépris et quittèrent la ville à la tête d’un riche convoi. De nombreux pauvres et mendiants, dont la fortune n’atteignait pas les dix petites pièces, restèrent à la merci de l’armée et du roi.

Au bout de quelques kilomètres, les nobles reçurent du roi l’édit suivant :
« Puissants et nobles seigneurs, si vos soins avaient laissé un peu plus de richesse au peuple qui vous était confié, ils auraient payé par eux-mêmes la rançon minime que je demandais. Si, ayant pitié de ce peuple, un seul d’entre vous avait payé pour eux cette rançon, je n’aurais
plus personne dans la ville, sinon l’armée qui a reçu ordre par édit royal de ne pas vous poursuivre. Mais vous vous êtes montrés infidèles, égoïstes et félons. Et je me réjouis que de tels hommes se soient d’eux-mêmes exclus de mon peuple.

Une armée est à votre poursuite et cette armée n’est pas la mienne : c’est votre peuple, vos serviteurs que vous avez laissés à ma merci. Par cet édit royal, je leur donne l’autorisation de vous enlever vos chariots, bijoux et bagages et de les remettre au trésor royal en échange de
leur liberté. Et je vous ordonne de ne pas résister à ces serviteurs, qui sont désormais mes serviteurs, faute de quoi mon armée protégera mon peuple. »

Et le peuple apporta au roi toutes les richesses de la ville, sans qu’il manque un seul bijou et sans que quiconque se soit donné la peine de les préparer, de les rassembler ni de les charger dans des chariots.

Et le roi partagea ces richesses avec l’armée et avec le peuple, car il voulait une armée fidèle et une cité prospère.

 

Philippe

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