Pensées vagabondes… 19. L’économiste

Certains systèmes économiques n’ont pas encore été testés par les hommes.

Par exemple, le libre-échange…

Il est 6h 45 et, comme chaque matin, Monsieur l’Economiste se lève sans le secours du réveil. Il s’habille après la douche habituelle, et cherche la montre qu’il est pourtant sûr d’avoir laissée hier soir, à sa place sur la table de nuit. Mais ce matin-là, pas de montre…

Il sort de sa chambre et se retrouve directement dans la rue, une rue qu’il ne connait pas. Il se retourne, la chambre a disparu, remplacée par un immeuble semblable aux autres dans les environs ! Un homme l’interpelle en souriant : « Tiens, mais voici le donneur de leçons ! »
L’économiste reconnait le dentiste qu’il avait souvent conseillé sur la gestion de son patrimoine et lui retourne son salut poliment : « Bonjour mon ami. Dites-moi donc, ça fait longtemps qu’on ne s’est vu ! Vous semblez en pleine forme, auriez-vous trouvé le moyen de rajeunir ? » Ses pensées réelles étaient différentes : « Que fait-il ici, je le croyais mort ! Et au fait, où suis-je ? » Il s’enhardit pour demander d’un ton badin : « Vous pourriez peut-être m’aider : où sommes-nous exactement ? Je me suis un peu perdu… » Le dentiste a un grand sourire : « Vous devriez aller voir notre notaire, la troisième maison sur la gauche, c’est lui qui connait le mieux la région. »

En voyant le notaire, l’économiste a un choc : il était allé à son enterrement cinq ans plus tôt. Le notaire, voyant sa surprise, répond avec un large sourire : « Il semblerait que notre Economiste a eu un problème de coeur cette nuit ! Mourir pendant son sommeil, c’est un rêve là-bas. »

Lui ayant laissé quelques secondes pour digérer la nouvelle, il lui tend une grande clef en bois, d’au moins trente centimètres de long, peinte en rouge. « Tenez, j’ai quelque chose pour vous : la clef de votre demeure. Ne soyez pas surpris de sa taille, cette clef n’ouvre aucune serrure, il n’y en a pas ici. Lorsque vous êtes chez vous, vous accrochez la clef à la porte et on sait qu’on peut vous rendre visite. Quand vous sortez, vous la décrochez et la mettez sous le paillasson.
— Cà ne pose pas de problème ?
— Aucun. Ici, l’évaluation du patrimoine de chacun est le même : zéro.
— Ce n’est pas possible. Comment fonctionne l’économie ?
— C’est simple, si vous avez besoin de chaussures, le cordonnier vous en fera et vous les donnera. S’il a faim, il va chercher une baguette chez le boulanger, qui la lui donne. Le boulanger fait savoir à un fermier lorsqu’il a besoin de farine, et ainsi de suite pour tout et n’importe quoi.
— Et personne n’abuse ?
— A quoi cela servirait-il, puisque nous recevons tout ce que nous voulons, sur simple demande et que nous donnons également selon ce que nous pouvons faire et selon les besoins des autres.
— Et si quelqu’un ne joue pas le jeu ? »
Le notaire a une moue plus triste : « Tu sais, ceux qui n’auraient pas joué le jeu, ils ne sont pas ici… »

L’économiste sort, trouve sa demeure et met la clef sous le paillasson. Il ne la visite pas : s’il manque quelque chose, il suffira de demander. Il retourne vers la rue en cherchant ce qu’on peut bien faire d’un économiste ici… Puis il réalise qu’en fait, il n’y a pas non plus besoin d’un notaire, ni d’un dentiste, et qu’ils ont trouvé leur place ! Ayant fait quelques pas, il se souvient de la première phrase qui l’avait accueilli : « Tiens, mais voici le donneur de leçons ! »

Alors, et sans trop savoir ce qu’on lui demandera, il se dirige vers l’école.

 

Philippe

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