Pensées vagabondes… 35. La route d’Assur à Ninive

Il suffit de construire un pont, c’est tout de suite l’aventure…

Le roi observait ce pont qui traversait le Grand Fleuve, et qui n’était relié à aucune route.

Il avait consacré tout son règne à construire des ponts entre les hommes et il disait que ces ponts étaient les reflets de sa sagesse. Mais en voyant ce pont, vers lequel aucune route n’allait et duquel aucune route ne partait, le roi se demanda si sa sagesse avait été suffisante pour relier les hommes et que leurs chemins se croisent.

Car si on laisse se croiser deux hommes sans foi ni loi, ils commenceront par se faire face et finiront par se tourner le dos. Et le roi considéra Ninive et Assur, deux grandes villes dont les soldats se faisaient face sur chaque rive du Grand Fleuve. Il avait fait construire un pont sur le fleuve et les soldats se battaient sur le pont pour contrôler ce passage où personne ne passait, car aucune route ne menait au pont et aucune route n’en partait. Les ambassadeurs ne rencontrèrent mais, ne trouvant pas d’accord, se tournèrent le dos.

C’est ce pont là que le roi observait.

C’est alors qu’il fit construire des routes et qu’il obligea les ambassadeurs à recevoir chacun le fils de l’autre pour l’éduquer. Mais on voulut assassiner le fils de Ninive car il aimait une jeune Assyrienne. Le roi les exila et ils fondèrent Salem, la grande ville des Jébuséens.

Et le roi fit garder le pont afin que nul n’y passe : un poste sur la rive de Ninive et un poste sur la rive d’Assur. Les deux capitaines se concertaient pour que la garde soit parfaite. La fille du capitaine assyrien aima le fils du capitaine ninivite et ils allèrent habiter Salem.

Des contrebandiers passaient malgré les gardes. Ils apportaient à Ninive des statuettes d’or ciselées comme seuls les artisans d’Assur savent les faire et retournaient à Assur chargés de robes de soie à nulles autres pareilles, tissées à Ninive. Et le roi aimait qu’il y ait des contrebandiers. Il faisait crucifier ceux que les gardes attrapaient pour que les produits de chaque ville soient très précieux dans l’autre. A Ninive, on s’arrachait les statuettes d’Assur et à Assur, les robes de Ninive faisaient la fureur de celles qui n’en avaient pas.

Alors, le roi ouvrit le pont et y imposa un lourd péage. Il fallait parfois économiser une vie entière à Ninive pour pouvoir visiter les temples d’Assur et seuls les plus riches Assyriens pouvaient se rendre sur le grand marché de Ninive.

Et dans chaque ville, on choyait et recherchait la compagnie des visiteurs de l’autre.

Et il fallut bientôt construire des ponts vers Salem, avec un lourd péage.

 

Philippe

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