Pensées vagabondes… 73. Les infidèles

Celui-ci est, bien entendu, inspiré par Astérix et Cléopâtre.

A plus et moins! (plus de Vie et moins de crocodiles)

L’homme se tenait devant le Roi. Et le Roi ne savait pas pourquoi cet homme se faisait appeler ambassadeur, car il ne se souvenait pas l’avoir envoyé.

Mais tout voyageur du Royaume est reçu en audience à son retour de l’étranger.

« Je suis parti par toute la terre habitée, dit l’homme, afin de faire connaître et propager partout les lois et coutumes du Royaume et que tous prêtent serment de fidélité au Roi.
— Mais qui t’a envoyé ?
— J’ai lu, dans un livre écrit pour le bisaïeul du grand-père de mon oncle, qu’il est du devoir de chacun de faire connaître nos lois et coutumes, afin que tous les royaumes de la terre s’y conforment et se soumettent au serment de fidélité au Roi. Je suis donc parti le jour
même.
— Et comment as-tu été reçu ?
— Très bien dans la plupart des cités. Ils m’ont accueilli et logé dans des tentes ou des maisons selon l’endroit. J’ai été nourri le temps de connaitre chaque ville et de m’y faire connaitre. Partout, les premiers partisans me secondaient dans ma mission qui était, par toute la terre habitée, d’interdire aux hommes de boire du lait de chèvre et de veiller à ce que l’habillement des femmes soit conforme.
— C’est ce que tu appelles les lois et coutumes du Royaume ? As-tu enseigné la douceur, l’hospitalité, l’interdiction de faire violence à quiconque sans y être obligé ? As-tu enseigné toutes ces choses que nous appelons la Vie ?
— Ces points sont importants. Ils viendront par eux-mêmes plus tard lorsque le problème du lait de chèvre et de celui de l’habillement des femmes sera réglé.
— Tu es un bien piètre ambassadeur. Je me réjouis de ne pas t’avoir envoyé. Comment s’est achevée ta « mission » ?
— Mes premiers partisans m’ont beaucoup aidé à imposer nos lois et coutumes. Lorsqu’une femme était habillée de manière non conforme, elle recevait 40 coups de bâton ou était lapidée en cas de récidive. Si un homme était trouvé porteur de lait de chèvre, il était décapité le lendemain en place publique. Lorsque les partisans devenaient assez nombreux, nous parcourions les villages pour imposer à tous de prêter le serment de fidélité au Roi. Ceux qui refusaient étaient brûlés vifs.
— Mais un tel serment, fait sous la contrainte, n’a aucune valeur !
— C’est pourquoi, pour éviter qu’ils ne se parjurent, nous mettions à mort tous les hommes qui ne nous suivaient pas lorsque nous quittions le village.
— Crois-tu vraiment que des morts puissent m’être fidèles ?
— Ainsi, il n’y a plus d’infidèle.
— Donc, dès qu’un royaume t’accueille et te reçoit en paix, et au mépris de nos lois et coutumes, tu pilles leurs biens et tu massacres leurs habitants sous prétexte de propager un serment qui dans tes mains, n’est qu’une exécration !
— Ainsi, il n’y a plus d’infidèle.
— Sauf toi.
— Mais je ne bois pas de lait de chèvre !
— Tu es menteur, meurtrier et hypocrite. Tu es parjure au serment de fidélité au Roi.
Qu’on jette cet infidèle aux crocodiles ! »

 

Philippe

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