Pensées vagabondes… 45. Le Dragon

En exclusivité, la vraie histoire de Saint-Georges!

Debout à l’orée de la clairière, le jeune garçon vit la jeune fille attachée à un arbre, et le Dragon qui tournait autour d’elle en l’invectivant. Le Dragon se réjouissait d’avance des tortures qu’il allait lui infliger. Il est expert dans ce domaine… Posés sur le sol tout autour, des douzaines de corbeaux croassaient de joie.

Le garçon s’avança droit vers le Dragon, se plaçant entre la jeune fille et lui.
Puis il regarda le Dragon dans les yeux et lui ordonna : « Recule ! ».
Le Dragon n’avait pas l’habitude de recevoir d’ordres ! Il railla l’enfant:
« C’est toi qui me donne des ordres ?
— Oui.
— Et qui es-tu, pour me donner des ordres ?
— Georges.
— Et que feras-tu si je ne recule pas ?
— C’est un secret.
— Mais encore ?
— Tu verras… »

Le garçon mit la main à la poche et le Dragon, prudent, fit deux pas en arrière. Sortant un couteau, l’adolescent trancha les liens de la jeune fille, la prit par la main et lui dit : « Guide nous hors de la forêt, car je ne dois pas quitter le Dragon du regard. »

Le Dragon en déduisit que le pouvoir du garçon disparaîtrait s’il parvenait à se dissimuler. Il s’éloigna donc, comptant sur son art développé du camouflage. Mais de colère, il fulminait de flammes tous les trois pas et le garçon remettait le regard sur lui en reculant, guidé par la jeune fille. Quand ils furent hors de portée, le Dragon lança vers eux un immense embrasement : une douzaine de corbeaux finirent en rôti, et les deux enfants sortirent de la forêt.

Sur la route du château, ils rencontrèrent le roi, qui avait voulu lever son armée pour attaquer le Dragon et libérer sa fille, mais seul le fou l’avait accompagné car pour attaquer un dragon, il faut être un fou, ou un père, ou un enfant. L’armée et le peuple suivaient, mais de loin.

Se voyant en présence du roi, le jeune garçon mit un genou à terre, mais la jeune fille le prit par la main pour qu’il reste debout. « Père, dit-elle, il a vaincu le Dragon ! »
Le roi descendit de cheval et regarda ce garçon si jeune et si frêle :
« Comment as-tu fait ?
— Les dragons ont une faiblesse car sinon, ils auraient conquis le monde.
— Et quelle est cette faiblesse ?
— Je ne sais pas. Mais ils n’ont de pouvoir que sur ceux qui leurs sont soumis. »

Le roi sourit en voyant sa fille remettre sa main dans celle du garçon. Il fit apporter deux chevaux et ordonna à l’armée de les escorter jusqu’au château. Il resta seul avec le fou. Déjà, les moines approchaient, armées de plumes acérées et d’encriers.

Dubitatif, le roi secoua la tête et les joyaux de la couronne brillèrent de mille feux:
« Il va falloir trouver une autre histoire pour la chronique du royaume… »
Le fou leva la tête vers les moines et les grelots de sa coiffe sonnèrent de mille échos:
« Quelque chose comme un preux chevalier, terrassant le Dragon du haut de son cheval et le perçant de sa lance ?
— Qui pourrait croire cela ? »

Le fou se mit au trot vers les moines : « Comptez sur moi, votre Majesté ! »

 

Philippe

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