Pensées vagabondes… 84. Comme toi-même (bis)

Et faites de beaux rêves!

C’est indispensable pour qu’ils se prennent pour des réalités.

La jeune fille se réveilla en sursaut.

Un immense éclair avait illuminé la chambre comme en plein jour malgré les volets clos et, reliquat sans doute d’un rêve inachevé, le bruit du tonnerre avait semblé beaucoup plus mélodieux et musical que d’habitude. Ce serait chouette, pensa-t-elle, si on remplaçait le tonnerre par des harpes et des trompettes !

Elle se leva, enfin, en retard, comme d’habitude. Le petit déjeuner se limita à un premier café sur le pouce, car il fallait rattraper le temps perdu : elle travaillait à la direction de la planification et le patron y était forcément à cheval sur l’horaire !

Pour ne pas rester le ventre vide, elle voulut acheter un croissant à la boulangerie du coin, comme d’habitude. Mais ce jour-là, il fallait faire la queue car tout le monde s’était levé à la même heure à cause de l’orage. Et en sortant de la boulangerie, franchement en retard cette fois, elle donna son croissant à un mendiant qui lui avait semblé vraiment misérable…

C’est par acquis de conscience qu’elle marcha jusqu’à l’arrêt du bus qui aurait dû passer 20 minutes auparavant. On semblait l’attendre et le chauffeur lui dit avec un sourire :
« Mais enfin, on ne serait pas partis sans vous ! »

Dans le bus, un enfant pleurait dans un landau et sa mère ne parvenait pas à le calmer, à cause de son frère, car il s’agissait de jumeaux. La jeune fille prit le bébé dans ses bras : il avait froid, tout simplement. Elle le posa contre elle sous son manteau, imitant les gestes que la mère faisait avec l’autre enfant. Quand les deux bébés furent endormis, elles les déposèrent doucement côte à côte dans le landau.

Mais au fait, l’arrêt où elle descendait était passé depuis longtemps !
La jeune fille leva les yeux et constata que le bus était arrêté depuis au moins dix minutes à son arrêt. Les autres voyageurs attendaient et l’un d’eux la remercia à sa descente :
« Il y a des priorités dans la vie, n’est-ce pas ? »

Il fallait encore affronter le patron irascible qui devait l’attendre depuis au moins une demi-heure et demanderait certainement à la voir dès son arrivée !

Expliquerait-elle que son retard était causé par le bruit du tonnerre qui ressemblait à un orchestre philharmonique, à un mendiant affamé et à un enfant qui pleurait dans le bus ?

Elle entra avec discrétion. La standardiste lui dit qu’elle était attendue :
« On a prévenu le patron que tu serais en retard et que tu n’as pas pris ton petit déjeuner. Alors, il est parti acheter des croissants… »

 

Philippe

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