Pensées vagabondes… 92. L’homme qui voulait tuer un fou


Blogging, Pensées vagabondes... / dimanche, juillet 2nd, 2017

On avait fait venir le fou de toute urgence.

Car un homme se tenait en haut de la falaise, réclamant à le voir et menaçant de sauter à moins qu’on ne lui accorde une audience auprès de lui. Le fou accourut donc toutes affaires cessantes car ce cas lui semblait relever de sa seule compétence. Il renvoya les archers scythes, inutiles pour cette occasion et s’approcha de l’homme, qui semblait très agité.

« Bonjour mon ami. Pourquoi m’avez-vous fait appeler ?
— Parce que je veux devenir célèbre.
— Pour ce faire, ma seule présence ne suffit pas.
— Si, car pour devenir célèbre, il suffit de faire quelque chose que personne n’a jamais fait auparavant. Et il se trouve que personne n’a jamais assassiné de fou.
— Ah mais c’est évident ! L’idée est excellente. Voilà un inédit qui fera grand’ bruit.
— L’ennui est qu’en vous attendant, j’ai regardé du haut de la falaise. J’ignorais être sujet au vertige et que cela puisse me paralyser autant. En fait, l’attraction du vide m’attirerait seul sans que je puisse vous entraîner avec moi, ce qui n’a absolument aucun intérêt. Il faut
donc trouver un autre moyen…
— Accepteriez-vous mon aide ?
— Avec plaisir !
— Puisque vous ne pouvez pas assassiner de fou, pourquoi ne raseriez-vous pas une ville à la place ?
— Mais c’est très banal ! Et je ne sais où trouver la cité qui soit volontaire.
— Faites preuve d’imagination, mon ami, car sinon, pas de célébrité ! Rasez donc cette ville en rêve, d’une manière extraordinaire et totalement inédite, puis racontez en détails les faits dans un livre qui assurera votre célébrité, à condition que la destruction soit complète
et irréparable.
— Il faudrait donc que la manière de faire soit extraordinaire. Je suis grec, je pourrai donc faire intervenir tous les dieux disponibles et même en inventer d’autres si nécessaire. J’avais commencé un poème là-dessus, mais je l’ai laissé à l’état d’ébauche chez moi. Il s’agissait d’une ville détruire par une flotte de navires armés de chevaux de bois.
— Il est vrai que détruire une cité fortifiée avec des chevaux de bois n’a jamais été tenté par personne. Eh bien, reprenez-donc votre ébauche et complétez là, faites-en l’oeuvre de votre vie. Un homme qui a pensé à assassiner un fou a forcément une imagination fertile ! Comment vous appelez-vous, pour que je puisse vous reconnaître quand vous serez célèbre ?
— Alipoukos Akaphikilebosthène.
— Mama mia ! Il faut vous trouver un nom d’artiste !
— Que signifie ma-ma-miha ? Je ne connais pas bien votre langue.
— C’est du latin, une langue parlée par une peuplade lointaine, établie vers le soleil couchant. Ca veut dire : Oh mère !
— Et Homère, ce serait mieux, comme nom d’artiste ?

 

Philippe

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