Pensées vagabondes… 41. Le bouclier du Général

C’est en menant le siège d’une toute petite ville que le Général trouva la mort, causée par un archer maladroit qui visait quelqu’un d’autre.

Bien entendu et comme le veut la coutume, la ville assiégée offrit le bois de ses portes pour le bûcher funéraire et un grand nombre de pleureuses pour la cérémonie, après quoi elle fut annexée au royaume. Elle porte désormais le nom du Général.

En recevant cette nouvelle, le roi fut ému et attristé. Toute la capitale prit le deuil sous le sac et la cendre. La cour aussi fut émue, car qui prendrait la suite du Général ?

Confiant dans la noblesse de ses courtisans, le roi rendit visite à la veuve du Général, pour vérifier que de généreux seigneurs n’étaient pas déjà en train de la dépouiller de son héritage. Ce qui fit tomber quelques têtes…

Au nom de son défunt mari, la veuve remit trois présents au roi : l’armure du père du Général, son bouclier de bronze et un parchemin roulé et scellé. Le parchemin était écrit de la main du Général:

« Votre Majesté,
Ce parchemin a été écrit pour le cas où mort, gravement blessé ou retenu en otage, je ne
pourrais plus diriger l’armée. J’ai fait graver au dos du bouclier de mon père le nom de
certains capitaines, tous dignes de commander l’armée. Vous pourrez choisir parmi eux sans
erreur, ils sont de nobles familles, fidèles au royaume, courageux au combat et respectés de
leurs hommes.
D’autres noms ne sont pas gravés, mais seulement peints. Plus tard, ces noms pourront être
gravés. Ces capitaines ont les mêmes qualités que les précédents, mais ne sont pas encore
prêts pour le commandement car ils ont toujours parfaitement réussi leurs campagnes et n’ont
jamais connu la défaite.
Plus exactement, ils n’ont pas encore dans le coeur le souvenir cuisant de ce moment de la
bataille où ils auraient pu vaincre, et pourquoi ils n’ont pas saisi cet instant. »

 

Philippe

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